Le Pic de Kiev était un radar OTH d’une grande puissance qui a fonctionné en Europe durant la période entre 1976 et 1986.
Il restera de mémoire, un phénomène unique comme ayant généré plus de rapports d’interférence et de spéculations que toutes les autres émissions de radio.
Cet article a été mis à jour le : 27 juin 2018. Il était nommé précédemment « DUGA-3 », mais après avoir repris certaines sources de façon plus crédibles, il s’avère qu’il n’existait en fait que deux Duga : le DUGA-1 (que l’on peut visiter en Ukraine près de la centrale de Tchernobyl) et le DUGA-2 situé près de la mer d’Okhotsk.
Origines du programme Duga
Étant donné le potentiel grandissant de cette technologie pour surpasser la gamme des radars conventionnels « d’alerte précoce » les premières expériences du radar Over-The-Horizon ou OTH, de l’Union soviétique datent de la fin des années 1950. L’accent était mis sur les radars rétro diffusés qui fournissaient des informations sur le lancement de missiles en détectant les altérations de la propagation dans l’Ionosphère provoquées par l’épuisement des ions par les panaches d’échappement des missiles.
L’histoire commence réellement en Août 1964, après une discussion sur l’état et les perspectives de travail du projet « Duga » et après avoir écouté les avantages et les inconvénients, V. D. Kalmykov Haut Dignitaire du Parti communiste déclara :
L’alerte précoce pour notre pays est extrêmement importante. Nous n’avons pas de bases proches du continent des États-Unis pour détecter les ICBM depuis leur lancement. Par conséquent, malgré l’absence de nombreuses données initiales, il est nécessaire de prendre des risques et de créer un prototype de ZGRLS Duga à Nikolaev. Je vous demande dès lors de développer le projet de ce radar au plus tard en 1965 et à présenter des informations techniques pour l’équipement.
Le temps pressait, car déjà en 1962, en réponse au futur projet russe, les Américains déployèrent au Groenland, en Angleterre et en Alaska trois radars puissants qui couvraient pratiquement la moitié du territoire de l’Union soviétique. Toutes les sorties de missiles soviétiques étaient détectées quelques minutes après le lancement.
Le programme Duga a vu ses premières formes prendre corps dès 1966, avec la nomination de V.P. Vasyukov comme concepteur en chef du prototype ZGRPS. La même année marque le début opérationnel de l’unité radar 5N77, connue sous le nom de « Duga-2 », installée près de Nikolaev.
Au cours des premières années des années 1970, des tests préliminaires ont été menés par étapes. La première phase majeure a consisté à réaliser des essais en grandeur réelle sur le ZHRLS 5N77 « Duga-2 » (Duga — дуга en russe signifiant « Arc ») à Nikolaev. Ces bancs d’essai furent remarquablement couronnés de succès, car les mêmes algorithmes mis en œuvre y étaient ceux utilisés lors d’une situation de combat simulée.
Fort de ce succès, la création d’une station radar plus avancée – Duga-1 – près de Tchernobyl fut officialisée par des ordonnances gouvernementales datées du 18 janvier 1972 et du 14 avril 1975. L’Institut de Recherche pour la Radiocommunication Longue Distance (NIIDAR) a été désigné comme concepteur général de ce complexe. Parmi les figures clés de ce projet, on retiendra Franz Kuzminsky, qui fut le chef concepteur et l’inspirateur initial des idées pour Duga-1.
L’entrée en service du radar « Duga-1 » a été un événement majeur, salué par l’attribution d’un prix d’État à ses promoteurs (dont V.N. Vasenev, B.M. Danilov, N.F. Dubrovsky et Y. Krokunov). Le site de réception initial du système « 5 h 32 DUGA-1 » se situait sur le territoire de Tchernobyl, avec une émission partant des 60 km à Kloniv. Cette installation fut officiellement baptisée la station radar Zagorizonny Duga.

Le Duga-1 était un énorme ensemble opérationnel comprenant :
- Une antenne d’émission de 210 mètres de large et de 85 mètres de haut comprenant 300 émetteurs
- Une antenne de réception de 300 mètres de large et de 135 mètres de haut
Les renseignements militaires de l’OTAN qui ont découvert et photographiés le système, lui donnèrent le nom de code « OTAN-Steel Yard ».


Le système auxiliaire « Krug »
Non loin de ce site se trouve un système auxiliaire dédié à l’exploitation OTH : les cercles, désignés par leur terme russe Krug. Chaque unité est composée d’un périmètre formé de 240 antennes — soit deux rangées de 120 antennes de 10 mètres chacune, disposées dans des cercles de 300 mètres de diamètre. Au centre de chaque cercle se trouve un bâtiment à niveau unique abritant l’équipement de réception, surmonté d’une antenne centrale dominante. Ces stations sont implantées entre Korogod et le camp militaire Tchernobyl-2, accessibles via la route en béton menant à ce dernier.
Leur vocation initiale était le sondage ionosphérique : elles devaient permettre de déterminer la Fréquence Maximale Applicable (MUF) et d’optimiser, en temps réel, le mode opératoire du localisateur en fonction des données reçues. De surcroît, ces stations étaient dotées d’un système avancé permettant une sélection constante des canaux les plus clairs, même au cœur d’un canal d’interférences complexes.
Bien que le système « Krug » n’ait jamais atteint son objectif opérationnel initial, il fut périodiquement exploité pour diverses expérimentations, notamment l’utilisation de radars passifs dans la bande HF.

Difficultés techniques et modernisation
Dès 1979, lors de sa transition vers une deuxième phase d’opérations, le projet Duga-1 commença à être miné par des difficultés inattendues : celles liées à l’ionosphère polaire. Les signaux reçus étaient trop aléatoires, et les tests se soldèrent par un échec successif. Malgré cette impasse, la modernisation fut tentée en 1983 avec de nouveaux travaux complexes.
Cependant, le défi ne fut pas seulement technique. Avec le début des opérations intensives, un problème majeur apparut : la gamme de fréquences utilisées par les radars Duga-1 se chevauchait dangereusement avec celles de l’aviation civile européenne et des flottes de pêche occidentales. L’URSS reçut alors des appels officiels des pays occidentaux, pointant le risque que ce système ne représente pour la sécurité aérienne et maritime internationale.
Le programme était en état d’alerte : en 1986, l’unité principale (5H32 Duga-1) devait commencer à tester les améliorations de sa modernisation. Mais son histoire fut brutalement interrompue par une catastrophe mondiale. Le Pic Vert russe s’est éteint le 26 avril 1986 à 01h23’40″, lorsque le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl a explosé, déclenchant l’une des pires catastrophes écologiques de l’histoire.
Ce qui est troublant dans les archives : aucune mention des opérations radar OTH pratiquées à proximité du réacteur. Ce n’est qu’avec l’effondrement de l’URSS et le choc de Tchernobyl que fut révélée l’existence de cette petite ville, nichée dans les bois de Polissia en Ukraine. Cette garnison militaire était engagée non seulement dans la défense, mais surtout dans un contrôle spatial permanent.
Pour gérer cet immense complexe, 74 939 hommes étaient maintenus en état d’alerte militaire. Le cœur de cette installation comprenait le centre de commandement radar, des centres de formation pour officiers, ainsi qu’une petite ville complète pour les familles du personnel. L’échelle est vertigineuse ; nous vous invitons à consulter ce fichier qui détaille l’ampleur de cet immense site militaire et son utilité respective.

Durant son travail qui commença à l’automne 1976 et se termina en 1988, M. Vladimir Musiyets, l’ancien commandant supervisant la catastrophe de Tchernobyl déclara lors d’un entretien dans plusieurs magazines (Fakti, Kurier Trud) :
La station OTH avait été connectée au réseau radar EW, à peine quelques mois avant la catastrophe. Duga-1 devenait obsolète, mais son objectif était toujours de suivre les lancements de missiles balistiques intercontinentaux américains. »
La centrale nucléaire de Tchernobyl après la catastrophe
Le matin de la catastrophe de la centrale nucléaire à 11 heures, V. Musiyets expert chimiste et la Major Olga Shevchenko, avaient reçu l’ordre d’aller à la station radar OTH à 9,7 km du réacteur.
Ils ont rapporté que la cause de l’arrêt était le blocage des systèmes de circulation d’air, provoquent la destruction des ordinateurs et des autres appareils électroniques. Ce qui eut pour conséquence l’arrêt de Duga-1.
La majorité des experts estiment que l’ensemble du « projet Pivert soviétique » était déjà à l’arrêt avant la catastrophe. Presque personne ne croit que tout rayonnement ou toute tension ou pointe de courant du réacteur nucléaire cassé, n’aurait détruit les appareils soviétiques de l’époque.
Après l’accident, tous les travaux ont pris fin, Duga-1 fut mis hors service. La population militaire et civile a été évacuée de la zone de contamination radioactive, principalement dans Lyubech-1. Par la suite plusieurs tentatives de décontamination des zones de Tchernobyl, ont été entamées, mais sans résultats.
En 1987, lorsque la direction du Parti communiste et l’armée ont compris l’ampleur de la catastrophe de Tchernobyl, la décision a été prise dans le respect des règles de sécurité, du déplacement de l’équipement vers Duga-2 à Komsomolsk-on-Amur pour vérifier l’efficacité des techniques proposée pour la modernisation du système.
L’implantation est identique pour « 5N77 DUGA-2 ». Le récepteur et l’émetteur sont séparés de 35 kms environ entre la ville de Komsomolsk sur le fleuve Amour et la ville de Bol Shaya Kartel, là on est au fond de la Russie proche de la mer Okhotsk et environ à 1200 kms au-dessus de la Corée du Nord.


Dès le début des années 1990, la station d’émission fut touchée par un incendie qui mit fin à ses opérations. Ce n’est qu’à la toute fin des années 1990 que les antennes de ces deux sites furent démantelées ; elles furent alors acheminées en Chine et vendues comme simple ferraille.
Quelques photos de l’antenne à Tchernobyl



Photo d’ Eric SENSI – ON6CV en juin 2018 © Tous droits réservés. (cliquer pour agrandir)
La plus grande antenne HF directionnelle au monde
- L’antenne radar « Tchernobyl-2 » OTH mesurait 150 mètres de haut sur 500 mètres de long, tandis que la seconde antenne atteignait 90 mètres. La structure encore debout témoigne d’un chef-d’œuvre de génie mécanique. Selon une estimation considérée comme fiable, son poids total avoisine les 14 000 tonnes.
- Ce qui ressemble à un mur lointain est en réalité un complexe maillé d’acier. Son coût initial était estimé à environ 600 millions de roubles.
- Concernant la technologie, le modèle HRS 4/4/1 (Antenne Dipôle Rideau) fut l’une des antennes directionnelles les plus courantes en Haute Fréquence (HF) pour la radiodiffusion ; de nombreux « rideaux de dipôles » sont visibles sur le site HF-Pori Preiviiki. À titre comparatif, ce modèle est quatre fois et demie plus petit que le HRS 12/6.
- Le choix technique préférait des lignes de transmission ouvertes (sauf pour la fréquence de 963 kHz) ou un câble coaxial de 250 mm de diamètre, avec une puissance estimée à 10 mégawatts.
- Construire une antenne rideau moderne dotée d’un Rapport Ondes Stationnaires (ROS) de 1,5:1, comme celle de Duga-1, exige des précautions extrêmes pour éviter toute étincelle lors de l’utilisation de puissantes émissions. C’est véritablement un exploit technique d’art.
- Pour obtenir les milliers de tonnes de tubes nécessaires aux structures de soutien, une décision spéciale du Président du Conseil des ministres de l’URSS, A.N. Kosygin, fut requise. Un autre problème survint ensuite : le revêtement anticorrosion au zinc. L’usine de Tcheliabinsk refusa carrément d’organiser cette production. Finalement, le général K.M. Vertelov, chef adjoint de la Direction générale du ministère de la Défense de l’URSS, dut organiser cette production lui-même sur le site même de Tchernobyl.
- Le coût estimé uniquement en consommation d’énergie, soit environ 30 mégawatts, devait dépasser un milliard de roubles soviétiques. On peut ainsi comprendre la complexité et l’ampleur de la construction menée si près de la centrale nucléaire de Tchernobyl !
Informatique

Le complexe informatique ZGRLS de Tchernobyl-2 portait le code 1S31G. Sa conception est le fruit du travail de D.I. Yuditsky, conseiller scientifique, et d’I.Ya. Akushsky. Au cœur de ce système se trouvait l’ordinateur K-340A, un appareil doté d’une ingénierie avancée pour son époque, car il traitait les signaux en utilisant des composants considérés comme secrets. L’architecture était majoritairement numérique : le K-340A est rapidement devenu l’ordinateur de référence pour tous les radars développés durant cette période.
Pour fonctionner, ce système reposait sur des logiciels hautement spécialisés intégrant des algorithmes complexes, le tout réparti sur un complexe informatisé composé de plusieurs unités. La performance initiale d’un tel ordinateur atteignait environ un million d’opérations par seconde. En comparaison avec les capacités actuelles (estimées à 2,4 millions d’opérations/s), le K-340A surpassait ses contemporains. Aujourd’hui encore, il reste opérationnel et est toujours utilisé pour soutenir les radars en service. Un point notable de cette époque : les programmes étaient stockés sur des supports non effaçables ; la seule méthode pour détruire un programme était donc un impact physique direct !
Source : Malashevich B.M. Supercalculateurs modulaires inconnus
Nuisances et problèmes
Initialement, l’unité émettrice radar opérait sur une bande de fréquences allant de 3,26 à 17,54 MHz. Cependant, cette fréquence était source de vives tensions : un appareil russe surnommé le « Pic-vert » (Russian Woodpecker) générait des interférences régulières non seulement avec les communications commerciales et amateurs, mais aussi avec les stations internationales de radiodiffusion.
Face à ce problème récurrent, plusieurs plaintes furent déposées auprès du Ministère de l’Industrie Radio de l’URSS. Celui-ci soumit alors au Conseil des ministres des propositions visant à trouver des moyens techniques pour minimiser les brouillages causés aux services aéronautiques, maritimes et de secours.
Dans un acte de technopatriotisme, certains chercheurs radioamateurs ont alors tenté de « nettoyer » ces ondes en envoyant eux-mêmes un signal de brouillage. Cet effort collectif fut surnommé le « Russian Woodpecker Hunting Club ».
Cette controverse a même engendré de nombreuses légendes, allant jusqu’à suggérer que ce phénomène pouvait affecter la psyché des personnes situées à des milliers de kilomètres !

Chernobyl-2 : mission d’alerte antimissile
Il a fait partie des Forces de défense antimissile et de l’espace (PRO) et a été créé dans le seul but de fournir une alerte précoce à des attaques de missiles nucléaires contre l’Union soviétique, dans les deux à trois minutes du lancement du missile (le temps de vol des missiles entre les États-Unis et l’URSS est de 25 à 30 minutes).
Le signal émis vers les USA partait de l’émetteur de Duga-1. En faisant 3 sauts entre le sol et l’ionosphère, le signal revenait ensuite vers le récepteur par 3 nouveaux sauts. Quand on regarde sur Google l’orientation de l’émetteur et du récepteur Duga-1, il est clair que la direction perpendiculaire à l’antenne est bien le continent américain en passant au-dessus du pôle nord.
L’émetteur radio à ondes courtes du Radar Duga-1 émettait des pulsations d’une puissance considérable, dont le signal se propageait sur de très longues distances : à travers l’Europe du Nord, le Groenland et même l’Amérique du Nord. Le système était équipé d’un récepteur monumental — vraisemblablement la plus grande antenne radar au monde —, situé à environ 60 km de la zone centrale de réception. Ce complexe recevait et analysait les informations grâce à des ordinateurs puissants. En substance, le rôle principal de ce radar était de détecter la formation d’effets atmosphériques causés par les panaches générés lors du lancement massif de missiles.
Le radar transhorizon (OTH) : principe de fonctionnement
Le concept de radar transhorizon fut initialement théorisé par N. I. Kabanov en 1946. Étant donné que la propagation des ondes radio, forme de rayonnement électromagnétique, suit une trajectoire rectiligne, sa portée est intrinsèquement limitée à l’horizon géographique par la courbure terrestre. La technique OTH contourne cette limitation en exploitant les phénomènes de réflexion atmosphérique.
L’exploitation de ce phénomène nécessite l’utilisation de bandes de fréquences spécifiques, généralement comprises entre 3 et 30 MHz. Le signal radio est alors renvoyé au sol par des couches atmosphériques sous conditions météorologiques favorables. Il en résulte que la sélection optimale de la fréquence dépend entièrement des variations atmosphériques ; les systèmes OTH doivent donc effectuer une surveillance en temps réel du spectre pour identifier la bande présentant la meilleure efficacité de propagation – un principe connu des radioamateurs expérimentés.


En 1988, la Commission fédérale des Communications (agence américaine chargée de la régulation des télécommunications) dirigea une étude sur le signal du Pic-vert.
L’analyse des résultats montra une période entre deux impulsions de 90 ms, un spectre de fréquence allant de 7 à 19 MHz, une bande passante de 0,02 à 0,8 MHz et un temps habituel de transmission de 7 minutes.
- Le signal présentait trois taux de répétition : 10 Hz, 16 Hz et 20 Hz.
- Le taux le plus fréquent était 10 Hz, les taux de 16 Hz et 20 Hz restant assez rares.
- La bande passante la plus courante était de 40 kHz.

Bien que les motifs exacts de l’arrêt du Duga-1 restent un secret, il est probable que le changement d’équilibre stratégique suivant la Guerre Froide, à partir des années 1980, ait joué un rôle décisif.
Cependant, une faiblesse technique intrinsèque était prépondérante : son fonctionnement sur la trajectoire vers les États-Unis via le pôle Nord. Ce trajet passait constamment par des perturbations chaotiques de l’ionosphère polaire, limitant sévèrement sa capacité à détecter un lancement massif d’ICBM dès ses premières étapes.
De plus, l’émergence et la mise en service des satellites de veille longue portée américains (US-KS) au début des années 1980 ont marqué un facteur de déclin majeur pour Duga-1 et Duga-2. Ce fut d’autant plus critique qu’un réseau croissant de ces satellites permettait une couverture informationnelle globale, instantanée et extrêmement fiable. Les radars, en revanche, restaient vulnérables au brouillage et leur efficacité transhorizon demeurait fortement dépendante des conditions atmosphériques.
Le jour J : les tests de Tchernobyl (25 avril 1986)
- Le matin du 25 avril 1986, l’objectif était d’effectuer des tests sur un système de sécurité du réacteur n°4, en vue de son arrêt et des travaux d’entretien. La procédure prévoyait la coupure électrique totale, obligeant le maintien des systèmes de sécurité à fonctionner par inertie mécanique issue des turboalternateurs.
- Le déroulement catastrophique :
- 23h10 : Le réacteur atteint sa puissance nominale réduite à 700 mégawatts, conformément au plan initial.
- 00h30 : Un désaccord survient entre Anatoli Diatlov et les chefs d’équipe concernant la procédure. Une erreur de manipulation conduit à l’insertion excessive des barres de contrôle, provoquant une chute brutale de puissance jusqu’à 30 mégawatts. Six minutes plus tard, le réacteur ralentit dangereusement ; la pression augmente subitement, mais l’absence de capteurs adéquats empêche toute alerte visible dans la salle de contrôle.
- 00h38 : Le niveau d’énergie est presque nul. Contre les consignes de sécurité établies, Anatoli Diatlov ordonne le retrait des barres de contrôle afin de relancer le réacteur – une manœuvre contestée par son équipe mais exécutée sous pression.
- 01h03 : Malgré les dysfonctionnements et contre l’avis de ses subordonnés, Diatlov lance finalement le test. Simultanément, un point chaud se développe dans le cœur du réacteur, invisible pour tous.
- 01h23 : Le test démarre malgré tout. Le contremaître Akimov intervient en déclenchant l’arrêt d’urgence et enfonçant les barres de contrôle. Cependant, la chaleur excessive a déformé les canaux de descente : les barres ne descendent que de 1,5 mètre au lieu des sept mètres requis. Il est trop tard. Les premières explosions se font entendre : le cœur du réacteur perd tout contrôle, et sa puissance explose par un facteur de cent en quelques secondes. Le fond du réacteur implose, se transformant en magma radioactif. Quelques secondes après, une explosion massive projette les 1200 tonnes du couvercle dans l’atmosphère. Le réacteur n°4 de Tchernobyl venait d’exploser, déclenchant un incendie majeur et laissant derrière lui la signature visible d’un phénomène physique : l’éclat bleu caractéristique de l’effet Vavilov-Tcherenkov. (Source du récit : Pierre Lergenmüller pour FranceTV Éducation.)

Les conséquences humaines et le démantèlement progressif de la centrale
Il est crucial de souligner que la catastrophe fut aggravée par des manquements humains : le programme d’essais n’avait été mené sans consultation du directeur scientifique ni du concepteur initial du réacteur. De surcroît, en procédant aux essais, le personnel de la centrale, sous la supervision de l’adjoint ingénieur en chef Anatoli Dyatlov, a délibérément outrepassé les règles de sûreté établies pour pousser davantage le système. En conséquence directe, Dyatlov fut condamné à dix ans de prison, et Georges Kopchinsky, membre du Comité central du Parti communiste, dut démissionner.
Le processus de fermeture de la centrale a été progressif :
Le 11 octobre 1991, le réacteur n°2 fut mis hors service suite à un incendie.
La nuit du 29 au 30 novembre 1996, le réacteur n°1 suivit ce sort, conformément au Mémorandum de 1995 signé entre l’Ukraine et les États du G7.
Enfin, en raison d’un dysfonctionnement du système de sûreté, le troisième réacteur fut mis hors service le 6 décembre 2000. Le gouvernement ukrainien décréta la fermeture définitive de la centrale le mois même, marquant l’arrêt complet des opérations le 15 décembre 2000 à 13h17. (Source : sputniknews.com/international/)
L’enjeu actuel : l’Arc et le sarcophage
Aujourd’hui, en 2016, les travaux se concentrent sur la finalisation de l’« Arc », une structure destinée à recouvrir le sarcophage de l’unité n°4. Les constructeurs ne visent pas seulement l’achèvement de ce colosse en acier ; ils prévoient également son intégration au sarcophage existant. Le coût total estimé pour cette phase cruciale d’enclôture est colossal, évalué à 2,15 milliards d’euros (soit plus de 63 milliards de hryvnias).

L’ombre du Duga-1 : un géant hanté
Le complexe radar Duga-1, jadis dominant la zone d’exclusion de Tchernobyl – un périmètre de 30 km autour de la centrale — apparaît aujourd’hui comme une relique silencieuse. Il est apparemment définitivement hors service : aucune mention de maintenance n’émerge des négociations entre la Russie et l’Ukraine concernant les radars OTH.
Pourtant, cette immense antenne demeure dressée, un témoignage géant en fer rouillé. Elle a été largement documentée par les photographes, puis récupérée par des radioamateurs qui y ont installé leurs propres pylônes de transmission illégaux. La question cruciale reste : comment la faire disparaître ?
Les solutions envisagées sont radicalement compliquées. L’approche la plus économique serait de procéder à un démantèlement par des explosions contrôlées. Ce procédé a déjà été utilisé avec succès pour démanteler des antennes similaires, comme près de Mykolaiv ou dans le secteur de Lubech durant les années 90.
Cependant, au cœur même de la zone radioactive — à seulement 10 km du réacteur n°4 — cette méthode est proscrite. Un tel impact explosif générerait non seulement un séisme mineur, mais surtout une dispersion significative et dangereuse de poussière radioactive. Le risque sécuritaire rend l’abattage impossible.
L’alternative se limite donc à un démontage méticuleux, pièce par pièce, nécessitant des grues ultra-spécialisées. Si cette méthode est techniquement faisable, elle est extrêmement coûteuse, exigeant une logistique lourde et main-d’œuvre hautement qualifiée. Pour l’heure, aucun organisme n’a pris la juridiction formelle sur cet objet. Ainsi, le Duga-1 se dresse, rouille silencieusement, ne faisant entendre que le grincement sinistre du vent.
Théories et légendes autour de la catastrophe

Les premiers signes de dysfonctionnement à la centrale de Tchernobyl remontent au samedi 26 avril 1986. Bien que les symptômes aient été décrits comme inexplicables – rappelant, dans sa nature chaotique, un événement tel que Fukushima, mais sans le facteur tsunami — l’origine officielle, retenue par la communauté scientifique, pointe vers un essai de système sur le réacteur numéro quatre. Ce dernier est stratégiquement situé près de la ville de Prypiat, à proximité des frontières administratives du fleuve Bélarus et du Dniepr.
L’accablement fut soudain : une montée subite et incontrôlée du débit de sortie. Lorsque les équipes ont tenté un arrêt d’urgence, le réacteur a manifesté un pic extrême de puissance. Ce phénomène critique a provoqué la rupture de la cuve et enclenché une série d’explosions dévastatrices.
(Crédit photo : Jimmy Ryan)
Au-delà de cette explication officielle circule, depuis des années, une théorie alternative non vérifiée, popularisée notamment par les écrits du colonel retraité américain Tom Bearden. Nous la rapportons ici à titre de curiosité historique et de légende associée au site, sans lui accorder de valeur scientifique : dans une lettre datée du 1er janvier 2005, répondant à un correspondant qui suspectait des causes non naturelles au tsunami indonésien, M. Bearden développe une analyse de l’accident de Tchernobyl faisant référence au rôle supposé d’un « interféromètre de Gomel », un système dont on pourrait, selon cette thèse spéculative, déduire le fonctionnement à partir des vestiges du Duga.
Selon cette théorie (non confirmée par la littérature scientifique), les Russes auraient mis en œuvre en 1986 un plan reposant sur des interféromètres scalaires (ondes longitudinales) capables de traverser la Terre et les océans pour générer des tremblements de terre ou induire des éruptions volcaniques, dans le but de manipuler le climat.
Toujours selon ce récit, l’émetteur russe responsable du rayonnement est-ouest (l’énergie inverse arrivant, dans cette thèse, par la faille de San Andreas depuis la calotte glaciaire arctique) aurait été brutalement neutralisé. La décharge massive d’ondes longues déjà accumulée aurait été contenue puis lentement restituée à la Terre par les circuits de sécurité. Ce transmetteur se serait situé à 30 ou 40 km de Tchernobyl (DUGA-1).
Dans cette version, les opérateurs auraient reçu l’ordre d’arrêter les réacteurs dès la destruction du transmetteur ; les systèmes de sécurité auraient tenu vingt-quatre heures avant de céder, déchargeant subitement l’énergie résiduelle dans le sol à Tchernobyl — ce qui aurait, selon cette hypothèse non vérifiée, réellement déclenché le désastre.
Cette théorie n’est corroborée par aucune source officielle ni par le consensus scientifique sur l’accident, qui reste attribué à une combinaison de défauts de conception du réacteur RBMK et d’erreurs humaines durant l’essai du 25 avril 1986. Elle est reprise ici uniquement parce qu’elle fait partie du folklore entourant le site Duga.
Analyse du projet ZGRLS « Duga » et limites technologiques

Nous nous basons ici sur les conclusions de Yuditsky Davlet Islamovich, Directeur actuel (depuis 1975) de l’Institut de Recherche et d’Ingénierie Radio (NIRTI), et ancien directeur du NIIDAR, où il fut concepteur en chef des supercalculateurs modulaires T-340A et K-340A.
Le projet ZGRS « Duga », développé pour les défenses aériennes de l’URSS, représentait la première tentative pratique d’exploitation des radars OTH (ondes traversant l’ionosphère). Cependant, cette ambition était jugée excessivement audacieuse à l’époque. En théorie, le système devait détecter un lancement de missiles balistiques américains après deux réflexions sur l’ionosphère et plusieurs sauts intermédiaires. Le principal défi résidait dans l’atténuation colossale du signal radar traversant une si vaste étendue, nécessitant des puissances électromagnétiques hors normes. Par conséquent, la fiabilité opérationnelle était intrinsèquement faible.
De plus, le fonctionnement des ZGRLS dépendait de manière critique de l’état fluctuant de l’ionosphère, qui connaît un phénomène de « respiration » non stationnaire. Prédire cette variation et, par conséquent, la propagation des ondes radio fut extrêmement difficile. Même si des mesures complexes furent mises en place pour compenser cet effet dans le système Duga, ce projet jugé trop ambitieux a été interrompu avant que les moyens militaires ne soient pleinement exploitables.
Par ailleurs, le développement ultérieur a révélé une déviation cruciale : le faisceau radioélectrique n’est pas réfléchi à un point fixe dans l’ionosphère, mais par une zone entière qui « respire ». Ce phénomène, nommé « phénomène ouvert de réflexion spéciale de l’ionosphère en mode coulissant », a nécessité une modification significative du système d’antennes et des algorithmes de station par le NIIDAR. Après ces ajustements, nous avons obtenu une détection plus stable des cibles, mais il fut malheureusement trop tard pour corriger la trajectoire initiale du projet.
Visites guidées

Le site de Pripyat est aujourd’hui accessible aux visiteurs, bien que la visite requière l’obtention d’un permis spécial. Bien qu’il soit conseillé de prendre des précautions (limiter le temps passé et ne rien emporter), les niveaux de rayonnement détectés sont élevés comparativement à la normale, mais considérés comme sans danger immédiat pour l’homme. L’attrait principal du lieu réside désormais dans deux aspects : la mémoire de la Guerre Froide et l’étude de la méga-ingénierie radio soviétique. En effet, trouver un ensemble d’antennes aussi monumental – 150 mètres de haut sur une emprise d’un kilomètre carré — est exceptionnel.



Retrouvez les originaux de ses photos à ces adresses : www.flickr.com/photo1 / www.flickr.com/photos2 / www.flickr.com/photos3
Sources
Sphere.izmiran.ru / Wikipedia-OTH / Wikipédia-Pic-vert russe / Chornobyl.in.ua et d’autres sources peu souvent fiables.
Licencié Harec depuis 1990, après une pause de quelques années, j'ai renouvelé mon intérêt pour la radio, je suis particulièrement actif en HF, appréciant le FT8, les contest et la chasse au Dx. Passionné d'informatique, je suis convaincu que le monde des radioamateurs doit évoluer avec les avancées technologiques, notamment avec l'émergence de l'IA dans nos shack.







