Ça faisait plus de quinze ans qu’on tournait avec la même version. Le fameux manuel « Ethics and Operating Procedures for the Radio Amateur », écrit à l’origine par John Devoldere (ON4UN) et Mark Demeuleneere (ON4WW), avait été repris par l’IARU en 2008 et sa 3ème édition datait de 2010, avec une révision mineure en 2021. Cette fois, l’IARU Région 1 a sorti une vraie 4ème édition (2026), rédigée par une nouvelle équipe : Ahmad AlHoli (9K2DB), Marco Colombo (IU2DXF), Frode Igland (LA6VQ), Ian Suart (GM4AUP), avec Rafal Lukawiecki (EI6LA) à la rédaction finale.
Et honnêtement, il était temps. Le texte de 2010 parlait encore de PSK31 et de RTTY comme modes numériques de pointe. Depuis, le FT8 est devenu incontournable sur toutes les bandes, et pas mal de nouveaux venus n’ont jamais fait un QSO en phonie avant de découvrir le hobby via un cluster ou un WebSDR.
D’un duo d’auteurs belges à une équipe IARU internationale
La 3ᵉ édition (juin 2010) portait la signature de deux figures bien connues du DX et du contest : John Devoldere ON4UN et Mark Demeuleneere ON4WW. Le texte était protégé par un copyright classique, interdisant toute modification sans accord écrit des auteurs.
La 4ᵉ édition change de modèle sur les deux plans. Elle est signée par une équipe internationale — Ahmad AlHoli 9K2DB, Marco Colombo IU2DXF, Frode Igland LA6VQ et Ian Suart GM4AUP — sous la direction éditoriale de Rafal Lukawiecki EI6LA, et distribuée sous licence Creative Commons BY-SA 4.0. Concrètement : chacun peut la traduire, l’adapter ou la citer librement, du moment que la paternité est créditée et que le partage se fait sous la même licence.

Un chapitre Sécurité qui n’existait tout simplement pas
C’est sans doute l’ajout le plus concret pour l’exploitant de station. La table des matières de 2010 ne comportait aucune section dédiée à la sécurité électrique, mécanique, chimique ou RF. La 4ᵉ édition y consacre un chapitre entier (chapitre 6), qui couvre :
- la sécurité électrique et la conduite à tenir en cas d’électrocution ;
- la mise à la terre de protection, à ne pas confondre avec la terre RF utilisée pour certaines antennes ;
- le risque foudre et les parafoudres coaxiaux ;
- la sécurité mécanique des pylônes et mâts ;
- les brûlures RF par contact direct ou par arc, y compris sur les extrémités d’un dipôle ou le sommet d’un vertical ;
- l’exposition aux champs électromagnétiques (EMF) selon les seuils ICNIRP et IEEE.
Un chapitre 5 entier est également ajouté sur la compatibilité électromagnétique (EMC), avec une méthode concrète pour distinguer une interférence venant de sa propre installation de celle d’un voisin, et pour gérer les relations avec ce dernier sans provoquer de conflit.
FT8, FT4 : enfin traités sérieusement
C’est le plus gros ajout. Le manuel consacre désormais des chapitres entiers au fonctionnement du FT8 et du FT4 : le rapport SNR en dB qui remplace le RST traditionnel pour ces modes (logique, puisque le logiciel le calcule automatiquement), et les séquences automatiques — avec le rappel, utile, que l’opérateur reste responsable de sa station même quand le logiciel décode et répond tout seul.
La 4ᵉ édition rattrape ce retard avec un chapitre 14 complet consacré aux modes synchronisés dans le temps. On y trouve notamment :
- la sélection de l’offset de fréquence dans le segment de 3 kHz, et l’option Hold Tx Freq ;
- le fonctionnement du mode DXpédition FT8 (Fox/Hound), avec ses cinq flux simultanés côté DX ;
- l’interdiction explicite d’utiliser le mode Fox/Hound ou le multi-streaming sur les fréquences FT8 standard, pour ne pas polluer le trafic quotidien ;
- le mode SuperFox, qui permet de vérifier l’authenticité d’une DXpédition et de repérer les pirates.
De la « police des fréquences » à l’autodiscipline
La 3ᵉ édition consacrait une section entière aux « cops », ces opérateurs qui s’autoproclament gendarmes des bandes et corrigent publiquement les erreurs des autres — souvent en aggravant la situation. Le ton, bien que justifié, restait assez négatif.
La 4ᵉ édition traite le même problème sous un angle différent, centré sur l’autorité et l’autodiscipline : la communauté radioamateur n’a pas de police propre, seules les autorités nationales peuvent sanctionner une infraction, et jouer les gendarmes sur l’air a plus de chances d’envenimer une situation que de la résoudre. Le chapitre sur les DQRM (interférences volontaires) reprend cette logique en détail, avec des conseils concrets pour gérer sa propre frustration face à un pileup qui dégénère plutôt que de riposter.
Diversité, équité et inclusion : un principe ajouté
Le « Radio Amateur’s Code » rédigé par Paul Segal W9EEA en 1928, qui ouvrait la 3ᵉ édition, ne mentionnait évidemment pas ces notions. La 4ᵉ édition reformule les principes fondamentaux du code de conduite et y ajoute explicitement la diversité, l’équité et l’inclusion comme pilier, aux côtés de l’amitié, la tolérance, la politesse et la responsabilité sociale.
Des plans de bande IARU enfin détaillés
Là où la 3ᵉ édition se contentait d’évoquer les « fenêtres DX » sur les bandes HF, la nouvelle édition consacre un chapitre entier aux plans de bande IARU et nationaux, avec un exemple de tableau complet pour le 80 m (segments, bande passante maximale, mode préféré, centres d’activité). De quoi clarifier, par exemple, la différence entre 200 Hz réservés au CW et les segments 2700 Hz partagés par tous les modes.
Un nouveau chapitre pour tester sa station
Dernier ajout notable : un chapitre 20 dédié aux tests de station, absent en 2010. Il couvre la charge fantôme, les transmissions de test (VVV en CW plutôt que « test » qui prête à confusion avec un contest), et surtout l’usage des services en ligne pour s’auto-évaluer : récepteurs SDR distants, Reverse Beacon Network et PSK Reporter.
Un code de conduite mis à jour
Le vieux « Code du Radioamateur » de 1928 est retouché pour affirmer explicitement que la communauté doit être ouverte à tous, sans distinction de sexe, d’âge, d’origine ou d’orientation. Le texte insiste aussi, dans son chapitre sur l’opération loin de chez soi, sur le rôle d’ambassadeur du hobby lors d’activités extérieures type POTA ou SOTA.
En résumé
Cette 4ème édition ne réinvente pas le hobby, elle rattrape simplement quinze ans de retard technique et pose enfin un cadre clair sur la sécurité — deux choses qui manquaient cruellement à l’ancienne version. Si tu n’as jamais lu le manuel en entier, c’est le bon moment : il est disponible gratuitement sur le site de l’IARU R1.
Fichiers
Fichiers
Vidéo
Pour terminer voici creé par l’IA de NotbookLM une petite vidéo explicative.
Cet article est reproduit sur HamAnalyst avec l’autorisation de son auteur, Albert Müller, qui en conserve la pleine propriété intellectuelle. Retrouvez les travaux originaux sur : ON5AM.
Licencié Harec depuis 1990, après une pause de quelques années, j'ai renouvelé mon intérêt pour la radio, je suis particulièrement actif en HF, appréciant le FT8, les contest et la chasse au Dx. Passionné d'informatique, je suis convaincu que le monde des radioamateurs doit évoluer avec les avancées technologiques, notamment avec l'émergence de l'IA dans nos shack.







